Archives par mot-clé : Psychopathologie

Analise Fredenrich, Joël Danielian, Éléonore Lechenne : empathie dans un groupe à l’hôpital

Ce travail propose d’étudier les variations de l’empathie dans un groupe de libre parole, tant chez les psychothérapeutes que chez les adolescents qui le composent. Celui-ci constitue un des espaces de soin d’une unité d’hospitalisation qui accueille des adolescents aux prises avec une crise psychique sévère. Des données ont été recueillies sur plusieurs mois de façon à offrir une nouvelle perspective des mouvements chaotiques du groupe et ont fait l’objet d’un travail de mise en récit.

Adolescence, 2016, 34, 1, 53-64.

Valérie Boucherat-Hue : Mademoiselle “rit-tout-le-monde” et sa solution allergique

Le fonctionnement allergique est conçu par la théorie psychanalytique comme un aménagement psychopathologique, de nature spécifiquement régressive et labile, qui s’écarte considérablement des tableaux cliniques du « fonctionnement opératoire » décrit dans le champ psychosomatique.
Le cas clinique d’une post-adolescente asthmatique permettra de montrer, à partir d’une méthodologie qui couple entretiens cliniques et épreuves projectives, de quelle(s) manière(s) subtile(s) les « défenses allergiques », lorsqu’elles font partie des ressources de l’organisation psychique, peuvent servir à court-circuiter tout autant la confrontation à l’épreuve pubertaire que les renoncements psychiques du jeune adulte à la fin de l’adolescence.
À partir de la réactivation des problématiques génitale et pré-génitales, et de leur articulation mouvante à l’adolescence, sera discutée l’interface entre les déconvenues de l’aménagement névrotique et le recours à la solution allergique dans sa bivalence, à la fois mentale et somatique.
Chemin faisant, l’entrée dans la maladie allergique à l’adolescence pourrait être conçue, dans certaines constellations cliniques, comme une potentialité défensive relativement économique sur le plan psychosomatique, et abriter des asthmes paroxystiques, de pronostic plutôt favorable.
La clinique de l’éclosion allergique à l’adolescence permet d’interroger, et de mettre à l’épreuve de manière féconde, les liens intrinsèques que la théorie psychosomatique, souvent centrée sur l’enfant ou sur l’adulte, entretient avec la psychopathologie psychanalytique.

Bernard Brusset : la figure de l’anorexique dans l’adolescence

L’anorexique donne figuration et illustration à la culture de l’anti-consommation et de l’individualisme, mais la fascination qu’elle provoque va bien au-delà. Elle est exploitée par les émissions de télévision pour sa force expressive d’énigme, « la cage dorée » (Bruch), le mystère et le pouvoir de ce qui apparaît comme un choix de rupture avec la famille, les autres adolescentes, avec l’adolescence et avec soi-même. Un choix héroïque et parfois mortel perçu comme accusateur.

Les multiples interprétations de l’anorexie mentale par tel ou tel aspect de l’évolution des mœurs et des modèles véhiculés par la culture dominante tendent à nier sa spécificité psychopathologique. Les facteurs culturels, familiaux et traumatiques événementiels sont d’autant plus en cause qu’il s’agit de formes mineures ou d’anorexie hystérique.

 

La mise en spectacle du choix supposé délibéré de se détourner des satisfactions les plus légitimes et les plus élémentaires pour courir le risque de la mort dans la démesure d’un comportement de restriction pas seulement alimentaire, détourne l’attention de ce que montre la clinique psychanalytique : la force de la demande affective anachronique (qui peut trouver une issue dangereuse dans les boulimies) et de l’ambivalence dans les relations aux parents et surtout à la mère en fonction de l’histoire infantile. Ainsi s’explique dans l’entourage, à la mesure de l’angoisse qu’elle provoque, l’insistance des réactions de déni du sens : il n’y a rien à comprendre, c’est une maladie, une anomalie dans le cerveau. Or, si les anorexiques s’opposent à être ré-alimentées de force, elles demandent à être écoutées et derrière la façade affichée d’un fétichisme du corps mince, c’est le désarroi qui s’exprime et demande à être entendu.

Catherine Wieder : ” Une parole se cache “, adolescence africaine et psychopathologie

Après avoir dépouillé un dossier en provenance d’Afrique, l’auteur rassemble les caractéristiques des adolescents au Bénin, au Niger, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Zaïre ainsi qu’au Burkina Faso et chez quelques migrants africains en France. Si ces adolescents semblent dans l’ensemble partager les problèmes psychologiques de leurs contemporains français, la théorie, elle, reste très marquée par le modèle français mais trop souvent ne tient que peu compte des spécificités sociologiques des régions concernées.

Adolescence, 1999, T. 17 n°2, pp. 297-306.

Jacques Arènes : psychopathologie du mysticisme et travail du négatif

Si les figures pathologiques du religieux furent, dans les temps passés, issues, d’une part, de la question de la ritualisation excessive (le versant obsessionnel de la religion mis en valeur par Freud) et, d’autre part, de l’hystérisation (le modèle du désir mystique), ne peut-on pas affirmer aujourd’hui que le modèle du religieux est aujourd’hui narcissique ? L’essentiel n’est plus le versant de contrôle (défense contre l’angoisse de mort), de type obsessionnel, du religieux, ou la recherche, sous le signe du manque, de l’objet du désir jamais atteint de la mystique, dans la lignée hystérique, mais une validation toujours inachevée de soi-même, par le biais de la foi, et une lutte corrélative du sujet contre l’angoisse d’abandon et la perte du lien. Dans cette perspective, nous explorons le travail du négatif à l’œuvre dans la mystique postmoderne, dans lequel la performativité du croire navigue entre le vide de l’abandon et les figures de l’espace religieux qu’elle se doit de créer.

Adolescence, 2008, T. 26, n°1, pp. 101-116.

Serge Lesourd : l’incontournable passion mystique de l’adolescent

Le temps psychique de l’adolescence confronte nécessairement le sujet à la désidéalisation des dieux infantiles, ceux que l’enfant se crée du fait de sa dépendance fondamentale. Or le lien social postmoderne a changé le statut des dieux sociaux, faisant de la passion mystique adolescente non plus une “ assomption ” symbolique de ceux-ci, sous la forme d’un Idéal du moi intériorisé, mais une “ incarnation ” dans la réalité des dieux qui soutient un moi-idéal en conformité avec la divinisation de l’humain que prône le libéralisme postmoderne. La passion mystique de l’adolescent prend donc des nouvelles formes dont témoigne la psychopathologie actuelle de l’adolescence.

Adolescence, 2008, T. 26, n°1, pp. 9-21.

Alain Ehrenberg : la société du malaise. une présentation pour un dialogue entre clinique et sociologie

Le « malaise dans la société » est moins un point de départ de l’analyse sociologique qu’un problème à élaborer et à clarifier. L’auteur propose de remplacer l’idée individualiste que la société cause des souffrances psychiques par l’idée sociologique que la souffrance psychique est aujourd’hui une forme d’expression obligatoire, c’est-à-dire attendue, du mal social. Cela le conduit à l’hypothèse qu’avec la santé mentale, on assiste à une généralisation de l’usage d’idiomes personnels pour donner forme et résoudre des conflits de relations sociales. Ces jeux de langage consistent à mettre en relation malheur personnel et relations sociales perturbées à l’aune de la souffrance psychique, unissant ainsi le mal individuel et le mal commun. À partir de là, il développe l’hypothèse que, brouillée dans le malaise, se joue une crise de l’égalité à la française, c’est-à-dire d’une égalité conçue essentiellement dans les termes de la protection, et une protection en termes de statut, sur le modèle de la fonction publique, alors que l’égalité d’aujourd’hui, et donc la lutte contre les inégalités sociales, se joue dans les termes de la capacité.

Adolescence, 2011, T. 29 n° 3, pp. 553-570.

Pierre Delion : le packing, son aventure et ses avatars

La technique du packing est éclairée par la psychopathologie psychanalytique. Toutefois, les études récentes, neuro-physiologiques, développementales, psychopathologiques et institutionnelles viennent converger pour donner à ce soin une possibilité de construire un cadre psychothérapique avec les enfants et les adolescents autistes et psychotiques, à condition de l’intégrer dans une complexité institutionnelle qui prend en compte tous les aspects nécessaires à la prise en charge du sujet en question. Les menées violentes de ses détracteurs sont relativisées par rapport aux bons résultats cliniques obtenus, dont un programme de recherche clinique hospitalier doit rendre compte dans les prochains mois.

Adolescence 2012, T. 30 n°3, pp. 582-601