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Claire-Marine, François-Poncet : le temps à l’épreuve de la clinique de l’adolescence

L’investissement de la dimension temporelle par les adolescents en thérapie interroge notre modèle de l’adolescence et de sa durée comme s’il revenait en partie au psychologue ou au thérapeute de répondre à ces questions. À l’extrême, certains adolescents viendraient en thérapie pour faire « leur crise d’adolescence » ; l’immaturité psychique se soignerait-elle et dans quel cadre ? Ces questions sont sans doute liées à la culture psychologique à la source des modèles actuels de l’adolescence.

Lorsque l’encadrement familial ou scolaire délimite l’espace-temps de l’adolescence selon les modèles hérités du début du siècle, le thérapeute travaillera avec ces repères s’attachant à en interpréter la valeur psychique. Mais lorsque cet encadrement devient incertain ou inexistant le cadre clinique peut devenir le seul modèle du temps de passage de l’enfance à l’âge adulte ; pour éviter l’écueil de thérapies interminables ou à valeur pédagogique, le thérapeute sera confronté à la tâche difficile d’inviter l’adolescent, à peine sorti de l’enfance, à intérioriser les limites du cadre et les élaborer en limites intérieures entre l’enfant et l’adulte. L’affaiblissement des modèles culturels se traduirait par un alourdissement du travail psychique à l’adolescence.

Bernard Brusset : la figure de l’anorexique dans l’adolescence

L’anorexique donne figuration et illustration à la culture de l’anti-consommation et de l’individualisme, mais la fascination qu’elle provoque va bien au-delà. Elle est exploitée par les émissions de télévision pour sa force expressive d’énigme, « la cage dorée » (Bruch), le mystère et le pouvoir de ce qui apparaît comme un choix de rupture avec la famille, les autres adolescentes, avec l’adolescence et avec soi-même. Un choix héroïque et parfois mortel perçu comme accusateur.

Les multiples interprétations de l’anorexie mentale par tel ou tel aspect de l’évolution des mœurs et des modèles véhiculés par la culture dominante tendent à nier sa spécificité psychopathologique. Les facteurs culturels, familiaux et traumatiques événementiels sont d’autant plus en cause qu’il s’agit de formes mineures ou d’anorexie hystérique.

 

La mise en spectacle du choix supposé délibéré de se détourner des satisfactions les plus légitimes et les plus élémentaires pour courir le risque de la mort dans la démesure d’un comportement de restriction pas seulement alimentaire, détourne l’attention de ce que montre la clinique psychanalytique : la force de la demande affective anachronique (qui peut trouver une issue dangereuse dans les boulimies) et de l’ambivalence dans les relations aux parents et surtout à la mère en fonction de l’histoire infantile. Ainsi s’explique dans l’entourage, à la mesure de l’angoisse qu’elle provoque, l’insistance des réactions de déni du sens : il n’y a rien à comprendre, c’est une maladie, une anomalie dans le cerveau. Or, si les anorexiques s’opposent à être ré-alimentées de force, elles demandent à être écoutées et derrière la façade affichée d’un fétichisme du corps mince, c’est le désarroi qui s’exprime et demande à être entendu.