Argumentaires des numéros à paraître

 la Revue est semestrielle

Les auteurs souhaitant proposer un article pour un des prochains numéro à pourvoir doivent le faire parvenir en fonction des argumentaires ci-dessous et selon les modalités des recommandations aux auteurs.

Année 2023

Argumentaire du numéro : Binaires/Non-binaires
date limite de réception des articles 1er mars 2023
Parution 15 septembre 2023, T. 41 n°2

Encore méconnus par nombre de cliniciens, les questionnements transidentitaires sont trop souvent appréhendés comme émanant d’une entité clinique homogène et univoque. En contrepoint des référentiels nosographiques actuels qui visent à définir les points communs de toute personne transidentitaire, les adolescent·e·s concerné·e·s forment un groupe résolument diversifié qui réunit tant des personnes binaires que non-binaires.Encore rarement reconnue en soi, la non-binarité regroupe les différentes identités de genre qui ne s’inscrivent ni totalement dans le masculin, ni totalement dans le féminin. Les personnes non-binaires se situent souvent dans un « au-delà » des référentiels proposés par les stéréotypes binaires de genre. Être non-binaire, c’est être à la fois féminin et masculin, ou ni féminin ni masculin, ou encore alternativement féminin et masculin. Tandis qu’elle s’exprime et devient de plus en plus visible dans l’espace social, cette diversité des genres ne bénéficie pas encore de reconnaissance juridique ou administrative.

Si la question transidentitaire interroge le politique, les catégorisations socio-cliniques et la psychanalyse, elle concerne également le champ de la psychiatrie. Dansla dernière version du DSM-5, la « dysphorie de genre » est définie comme une souffrance liée à un écart perçu entre, d’une part, le sexe de naissance et, d’autre part, l’identité de genre. Mais les spécificités de la dysphorie de genre à l’adolescence n’y sont pas abordées en dehors du référentiel adulte. Or, depuis plusieurs années, les services de pédopsychiatrie sont amenés à rencontrer de plus en plus d’ados transgenres, sans pour autant que le personnel soignant soit suffisamment sensibilisé à leurs questionnements transidentitaires. Certains établissements ont mis en place des Réunions de Concertation Pluridisciplinaires (RCP) qui réunissent endocrinologues, pédiatres, pédopsychiatres, psychologues, psychomotriciens, biologistes de la reproduction, éthiciens et juristes. Il s’agira pour eux de confronter leurs points de vue afin de permettre la mise en place de soins médicaux supports à la trajectoire de transition, en appui des besoins exprimés. Tant du côté des patient·e·s que de celui des cliniciens, la transidentité est d’emblée, et simultanément, une affaire groupale et sociale.

Ce numéro aura pour ambition de réunir des articles de cliniciens qui travaillent auprès d’adolescent·e·s en situation de variations de genre, transgenres, binaires ou non-binaires. Nous examinerons ce que le suivi des adolescent·e·s transgenres nous apprend à partir de trois axes :
Les patient·e·s– Quelles seraient les spécificités des questionnements transidentitaires à l’adolescence, période de réaménagement des investissements et des identifications qui entraînent des enjeux existentiels, parfois de vie et de mort ? Comment aborder avec les adolescent·e·s transgenres leurs angoisses devant un corps qui se transforme à contre-courant de leurs désirs ? Quels dispositifs de soin pour les aider à faire face au harcèlement en milieu scolaire, dans leur quartier ou dans leur famille ? Co-occurrences ou effets du retentissement, comment différencier ce qui relève des troubles psychopathologiques de ce qui est en lien avec leurs vécus de genre ?
Leurs parents– Comment mieux inclure dans la prise en charge des adolescent·e·s transgenres leurs parents dont le propre processus pubertaire s’est jadis élaboré d’une toute autre manière ? Qu’indiquent les angoisses parentales et leurs remises en question ? Comment élaborer ce que certains parents nomment le « deuil de leur enfant » in præsentia ?
Leurs soignants – Du côté des ressentis contre-transférentiels, quelles réactions sont suscitées chez les soignants ? Quelles angoisses chez celles et chez ceux qui ont été insuffisamment informés sur les questionnements transidentitaires et de genre des adolescent·e·s ? Quels écueils pour les personnes cisgenres (c’est-à-dire non-transgenres) mises face à une problématique transidentitaire qu’elles ne pourront appréhender qu’à partir du discours reçu ?

Rappelons ici que les consultations ayant pour projet de suivre les personnes transidentitaires ont d’abord vu le jour aux États-Unis et au Canada dans les années 70. Elles sont ensuite arrivées en Europe par les Pays-Bas et le Royaume Uni. En France, c’est seulement en 2013 qu’ont été mises en place trois consultations pionnières visant à accueillir des personnes qui présentaient, ce qu’on appelait à cette époque, une « dysphorie de genre ». Victime d’un manque de moyens déployés sur l’ensemble du territoire, l’accompagnement des mineur·e·s transgenres pâtit actuellement d’un important délai d’accès aux soins qui poussent certain·e·s à avoir recours à des thérapeutiques non recommandées par les autorités. Comment identifier les conditions optimales et les plus efficientes pour mettre en œuvre les soins hormonologiques, intégrant bloqueurs de puberté et hormonothérapies pour les adolescent·e·s concerné·e·s, tout comme les modalités d’accès aux soins chirurgicaux d’affirmation de genre ?

Ainsi, nous nous demanderons comment se transforme et se redéfinit l’outil psychanalytique et ce que nous apprend l’écoute de l’inconscient au contact de la clinique transidentitaire à l’adolescence. La prise en compte de la non-binarité entraîne-t-elle la nécessité de réactualiser les théories sexuelles infantiles telles que nous les avions appréhendées jusqu’ici ? Quant à la triangulation œdipienne, comment la repenser à l’aune de la clinique transidentitaire ? La non-binarité nous invite-t-elle à réactualiser l’efficience du concept de bisexualité psychique, quitte à envisager un « au-delà » de la bisexualité psychique ?

 

Argumentaire du numéro : Cloîtré
date limite de réception des articles 30 septembre 2022
numéro clos
Parution 15 mars 2023, T. 41 n°1

 
Que l’adolescent soit puni dans sa chambre, au motif qu’il traîne trop dehors à faire on ne sait quoi avec on ne sait qui, ou que l’injonction soit qu’il en sorte pour aller prendre l’air, et mieux encore faire du sport, la chambre polarise les fantasmes d’une réclusion qui n’a rien de monastique… De son origine latine signifiant « verrou, barrière », jusqu’à sa forme métonymique de « lieu clos », la chambre de l’adolescent est le lieu de tous les conflits alimentant la psychopathologie de la vie quotidienne comme celles de ses formes les plus graves. La forme pronominale « se cloîtrer » fait de l’adolescent l’auteur de l’injonction inconsciente à se mettre à l’écart, à l’abri du dehors et de ses sollicitations, lorsque celles-ci menacent de déborder ses capacités de liaison pulsionnelle. Si le repli transitoire peut soutenir par l’inhibition des fonctions du moi et le repli narcissique les moyens de traiter de trop fortes tensions d’excitation, il peut tout aussi bien être le prodrome de formes pathologiques graves : ainsi en est-il des troubles des conduites alimentaires, quand la quête d’ascèse signe le refus de la sexualité, ou bien du syndrome de claustration nommé hikikomori, dans lequel l’adolescent s’engage dans un enfermement sans fin, ou bien encore lorsque la chambre constitue le dernier rempart face à des angoisses de persécutions qui sont les premiers signes d’une désorganisation psychotique… De la réclusion pathologique à la claustration comme levierthérapeutiquequand l’hospitalisation devient nécessaire, ce numéro de la Revue se propose d’explorer les multiples déclinaisons de ce que « cloîtré » peut signifier à l’adolescence.

 

Revue trimestrielle de psychanalyse, psychopathologie et sciences humaines