Archives de catégorie : Commencer sa vie d’adulte – 2000 T. 18 n°2

Dominique Agostini : Du divorce interne : impasse et dépassement

L’auteur explorera, au travers du matériel clinique d’une thérapie, d’une part l’impact de l’avènement pubertaire sur l’internalisation, bien avant la puberté, de parents profondément désunis. D’autre part, les transformations qui, vectorisées par le processus thérapeutique, président à la réconciliation des parents internes. L’auteur développera que cette réconciliation féconde le processus d’adolescence et en favorise son aboutissement, la capacité de commencer sa vie d’adulte.
L’exposé clinique accordera une attention toute particulière aux séparations des vacances. Vacances qui, pour les parties infantiles, représentent toujours les rapports sexuels des parents, la grossesse de la mère. Le matériel illustrera que ces ruptures du cadre thérapeutique réveillent, avec le divorce interne, des « terreurs sans nom » en collusion avec le fantasme des « parents combinés ». Divorce interne et parents combinés apparaîtront comme obstacles majeurs à l’entrée dans la vie d’adulte.

Philippe Gutton : Une métamorphose s’achève

Le début de l’adultité est marqué par la capacité de désir et de fantasme d’enfant, l’art de devenir parent.
L’adolescent capable d’engendrement refoule ou dénie les représentations incestueuses trop à vif susceptibles de s’y associer. L’auteur réfléchit dans cette optique aux conduites pathologiques qu’une telle conviction suscite à l’adolescence.

Philippe Jeammet : être adulte ou comment apprendre à gérer la place de l’infantile

La rapidité des changements sociaux actuels nous obligent à nous interroger sur ce qui fonde l’entrée dans la vie adulte. Etre adulte apparaît davantage comme une modalité de fonctionnement psychique, sujette à des fluctuations, que comme un état. Ce mode de fonctionnement ne réfère pas tant à un idéal absolu qu’aux potentialités d’un sujet donné dans un contexte donné. Il résiderait dans cette capacité du Moi d’accueillir et d’être en contact avec ce qui demeure en chacun d’infantile sans en être submergé et menacé.

Pascal Mettens : l’infans ne serait-il plus ce qu’il était ? Une approche étymologique

En procédant à une analyse étymologique du terme infans issu de la pensée lacanienne, l’auteur montre en quoi la question de l’accession au langage, mise à l’avant-plan des préoccupations structuralistes, occulte celle de l’émergence au symbolique, entendu dans une perspective anthropologique plus large. Ainsi resituée, la résolution du complexe d’Œdipe n’apparaît chez l’enfant que comme le renoncement à une mauvaise fortune (cens) et la soumission à un règlement auxquels il ne peut qu’objecter parce qu’ils le privent de sa liberté ; par contre, l’Œdipe ne prendra socialement sens qu’après-coup à l’adolescence, dans une reviviscence qui ne sera pas abordée ici.

Jean-Jacques Rassial : de la structure au sinthôme

Le statut métapsychologique de l’adolescence comme concept psychanalytique prend sens avec la définition de l’opération adolescente, déjà développée par l’auteur dans ses travaux antérieurs.
Dès lors, la clinique témoigne de l’insuffisance, d’une part des conceptions classiques selon lesquelles l’adolescence se conçoit comme répétition des processus infantiles et dans lesquelles l’usage de la notion de symptôme pousse à la multiplication des profils de personnalité dans la classe nouvelle en psychopathologie des états limites, d’autre part de l’approche décrite dans la structure du nœud borroméen proposé par Lacan.
À l’appui de ses derniers travaux sur l’état limite conçu comme « état » et non comme structure, qui peut donc atteindre toute structure, et qui porte précisément sur la limite, l’auteur insiste sur la distinction entre conduites et symptômes à l’adolescence, propose de considérer l’adolescence comme moment de construction logique du sinthôme, et les états limites comme des états, provisoires ou figés, et particulièrement instables de ce sinthôme. Il termine ici par l’examen des qualités de ce sinthôme adolescent.

Jean Laplanche : pulsion et instinct

Les notions métapsychologiques de pulsion et d’instinct doivent être soigneusement distinguées. Elles le sont dans l’allemand de Freud, qui utilise les termes Instinkt et Trieb de façon absolument différenciée. Elles ont été toujours confondues dans la psychanalyse depuis la traduction anglaise syncrétique de Strachey par instinct. L’instinct et la pulsion s’opposent, chez l’homme : par le caractère inné et adapté d’un côté, acquis (précocément) polymorphe et anarchique de l’autre côté. La recherche de l’apaisement (instinct) s’oppose à la recherche de l’excitation (pulsion).
Chez l’homme, il existe des comportements instinctuels d’autoconservation, dont la théorie de l’attachement a montré l’étendue, la précocité (compétences) et le caractère intersubjectif. En revanche dans le domaine sexuel, l’instinct n’apparaît qu’à la prépuberté ou la puberté. C’est dans le « silence » de l’instinct sexuel, entre la naissance et la puberté, que surgit et se développe la pulsion sexuelle. Elle le fait en étayage sur l’instinct d’autoconservation par le processus de la séduction généralisée.
À la puberté, l’instinct sexuel doit composer avec la pulsion infantile, qui a déjà « occupé la place ».
C’est la pulsion sexuelle infantile refoulée dans l’inconscient qui est l’objet de la psychanalyse.

Nicole Jeammet : comment devenir adulte sans modèles ?

Pour ce qui est des « modèles adultes », l’accent peut être mis sur deux aspects différents, même s’ils sont souvent liés. Il y a ceux qui nous sont activement et personnellement présents comme ce sera le cas pour cet instituteur qui changera le destin d’Albert Camus (et dans ce cas, cet aspect était fortement lié à celui de savoir tenir sa place). Mais il y a aussi les modèles qui, sans forcément intervenir directement dans nos vies, le deviennent en sachant d’abord et avant tout tenir leur place. Pour illustrer ces aspect des choses, nous avons choisi deux épisodes de l’histoire de Moïse : l’un où il reçoit sa place d’adulte de son beau-père Jethro, l’autre où il devient « modèle relationnel » pour son peuple lors de la traversée du désert, en se soumettant lui-même à la loi de l’échange.

Lippe Didier : Devenir adulte : “Trauma, ma non troppo…”

Le premier rapport sexuel de l’adolescent constitue un moment particulier de changement de son être au monde (de son rapport au monde) inscrivant ses traces dans son corps comme dans sa psyché ; pleinement constitutif de son devenir adulte il ne fait pourtant pas non plus forcément de lui un adulte. Au regard de la charge d’excitation qu’il porte, on peut le considérer comme un traumatisme à la fois nécessaire et constructif dans l’évolution du sujet, ici vivement confronté à la question fondamentale de son désir et de sa jouissance.
En s’étayant sur une certaine lecture de la question du traumatisme, de la répétition et de la pulsion de mort chez Freud, je proposerai de voir ce « traumatisme » du premier rapport sexuel de l’adolescent comme une sorte « d’objet de perspective » pour la psyché, mettant en jeu une « répétition anticipatrice » ; celle-ci permet de déjouer les aspects déstructurants pour la psyché de ce « traumatisme » ; notamment elle en en atténue sa charge d’excitation, en élaborant « partiellement » et préalablement par la ou les répétition(s) incluse(s) dans cet acte, l’effet traumatique du surgissement inattendu de l’Autre en soi, l’Autre soi-même qui se révèle dans le moment aigu de la jouissance et avec lequel l’adolescent, pour son « devenir adulte » va avoir à faire. Cette question sera illustrée par le cas d’un adolescent où les symptômes obsessionnels et leur déploiement fantasmatique dans la psychothérapie pourraient être entendus rétroactivement comme pris dans cette « répétition anticipatrice ».

Monique Bydlowski : l’entrée dans l’âge adulte à l’épreuve de la première maternité

Le passage à l’âge adulte se fait souvent chez la jeune femme à l’occasion d’une première maternité. La recherche clinique psychanalytique sur le terrain, en collaboration avec l’équipe médicale, permet d’observer les mouvements de la vie psychique féminine émergeant au cours de la grossesse et de l’accouchement. La grossesse paraît être le moment d’une passion silencieuse pour l’objet interne originaire, la transparence psychique laissant passer les représentations sexuelles et incestueuses désinvesties. Au moment de l’accouchement, sous l’effet de l’ébranlement somatique, ces mêmes représentations peuvent filtrer et susciter une excitation libidinale non liable, avec le risque éventuel de constitution d’une névrose traumatique.

Valérie Boucherat-Hue : Mademoiselle “rit-tout-le-monde” et sa solution allergique

Le fonctionnement allergique est conçu par la théorie psychanalytique comme un aménagement psychopathologique, de nature spécifiquement régressive et labile, qui s’écarte considérablement des tableaux cliniques du « fonctionnement opératoire » décrit dans le champ psychosomatique.
Le cas clinique d’une post-adolescente asthmatique permettra de montrer, à partir d’une méthodologie qui couple entretiens cliniques et épreuves projectives, de quelle(s) manière(s) subtile(s) les « défenses allergiques », lorsqu’elles font partie des ressources de l’organisation psychique, peuvent servir à court-circuiter tout autant la confrontation à l’épreuve pubertaire que les renoncements psychiques du jeune adulte à la fin de l’adolescence.
À partir de la réactivation des problématiques génitale et pré-génitales, et de leur articulation mouvante à l’adolescence, sera discutée l’interface entre les déconvenues de l’aménagement névrotique et le recours à la solution allergique dans sa bivalence, à la fois mentale et somatique.
Chemin faisant, l’entrée dans la maladie allergique à l’adolescence pourrait être conçue, dans certaines constellations cliniques, comme une potentialité défensive relativement économique sur le plan psychosomatique, et abriter des asthmes paroxystiques, de pronostic plutôt favorable.
La clinique de l’éclosion allergique à l’adolescence permet d’interroger, et de mettre à l’épreuve de manière féconde, les liens intrinsèques que la théorie psychosomatique, souvent centrée sur l’enfant ou sur l’adulte, entretient avec la psychopathologie psychanalytique.