Archives de catégorie : Dire – 1999 T. 17 n°1

Jean-François Chiantaretto : L’écriture de soi à la puberté : une approche théorico-clinique

Anne Franck a écrit puis réécrit son journal, la réécriture ayant été interrompue par la déportation et la mort dans un camp nazi. A partir de ces deux versions, l’auteur rend compte de l’évolution chez Anne du discours sur soi, en plein passage pubertaire et du rôle du journal dans l’expérience de soi en changement. Le journal est ici pensé comme contenant, comme lieu d’un travail (mémoriel et de renoncement) mais aussi comme le lieu d’incarnation d’un témoin.

Marielle Sœur : Hallucination négative de l’environnement d’écriture et d’investissement du latéral chez l’adolescent

Chez les adolescents dont le système pare-excitation est défaillant, l’écriture ne peut plus remplir sa fonction économique. Certains patients décrivent avec minutie l’environnement dans lequel ils écrivent, puis l’hallucinent négativement pendant une longue période: cet environnement figure dans la réalité externe les traces mnésiques des modalités de défaillance du pare-excitation maternel repéré d’abord dans la qualité des premiers échanges avec la mère. Cette figuration contient en puissance l’interprétation à venir. Parfois ce phénomène se double d’un investissement latéral du transfert sur le cadre. Tant que la question économique et le risque de décompensation restent majeurs, cet étayage est à respecter jusqu’à ce que le temps de la représentation apparaisse.

Claude Savinaud : Passion du symbolique

A partir du constat clinique que certaines pathologies narcissiques d’adolescence achoppent sur la réalisation d’un investissement libidinal du fait de l’amour-haine portée sur une figure paternelle grandiose et obscène, l’auteur développe l’idée d’un type d’investissement passionnel de la dimension symbolique dépassant le représentant imagoïque déchu au profit d’une parole identifiante, créatrice, qui vise un au-delà de l’objet. Cet investissement revêt les caractéristiques d’un ” état amoureux ” avec le dessaisissement du sujet et l’idéalisation de l’autre au-delà de toute satisfaction.

Christophe Rubin : Le rap adolescent : du démantèlement d’un rythme et d’un discours à l’hyper-extension d’une représentation vocale du sujet

Le rap met en œuvre des processus d’altération de la langue et de la voix, tout comme le passage de l’enfance à l’adolescence. Ainsi, certaines transformations physiologiques et psychologiques peuvent êtres mises à distance, masquées par les jeux linguistiques et vocaux du rap.

Un texte comme ” Poison juvénile “, du groupe Movez’ Lang, peut en effet apparaître comme la mise en scène verbale d’un ” changement de peau ” : tout se passe comme si les rappeurs voulaient démembrer une prosodie, un discours, une représentation de soi propres à l’enfance, pour imposer rythmiquement et métaphoriquement une représentation vocale sur-dimensionnée – recouvrant très largement, dans ses excès et dans son caractère volontairement stéréotypé, la voix et la parole particulières du sujet.

Cela constitue donc bien une manière d’envelopper, de voiler la subjectivité individuelle, dans un jeu à la fois pudique et suggestif.

Benjamin Jacobi : Plainte et adolescence

Après avoir décrit les plaintes ordinaires, nécessité du temps de l’adolescence, ce texte, à partir d’un travail clinique, présente les spécificités de l’apparition et du travail thérapeutique avec la plainte de l’adolescent. La place d’une scène traumatique pour manifester la plainte et son contenu, faits d’investissements narcissiques très intriqués aux investissements libidinaux sont considérés comme caractéristiques de la plainte à l’adolescence.

Denis Hirsch : Charlotte et la chute libre : à propos du récit d’action dans les psychothérapies d’adolescents

A partir d’une séance de psychothérapie d’une adolescente de dix-neuf ans, l’auteur montre l’articulation entre le ” récit d’action ” dans la séance et l’espace externalisé hors séance dans lequel s’est déroulée cette action que nous raconte l’adolescente. L’auteur souligne l’effet de liaison et d’intégration pour les conflits internes de l’adolescence que permet l’utilisation d’un tel ” espace thérapeutique élargi “, lorsqu’il peut se figurer dans l’après-coup de la cure analytique individuelle avec le thérapeute, sous l’égide de la névrose de transfert.

Françoise Brullmann : Origine de la demande de chirurgie esthétique à l’adolescence

Sous un abord simple, la demande de chirurgie esthétique est souvent d’une grande complexité. Dans les demandes de mammoplastie ou de rhinoplastie notamment, la souffrance, apparue à l’adolescence et fixée sur un organe donné(nez – seins), est corrélative de celle liée parfois aux remaniements psychiques inhérents à cette période. À travers certaines bribes de son histoire, l’analyse de Claude retracera le fil de ce désir de modification esthétique jusqu’à sa source et fera apparaître des difficultés d’identification et de filiation directement en rapport avec ses désirs de métamorphose chirurgicale.

Dominique Agostini : Créatures de l’hallucinose

Les transformations dans l’hallucinose [Bion W. R.. (1965) Transformations, tr. fr., PUF, 1982.] résultent d’un désastre primitif. Les ” terreurs sans nom ” car sans contenant suffisamment contenant sont à l’origine de ce désastre et des transformations en question. L’auteur explore avec les mécanismes de l’hallucinose – clivage passif et identification projective pathologique -, le monde des créatures auto-engendrées par ces mécanismes. Les transformations pubertaires transformées dans l’hallucinose constituent le fil rouge de cet article. Un matériel littéraire (Frankenstein) et analytique – les thérapies de Franck et de Victor – amèneront l’auteur à situer le désastre primitif à l’origine des créatures de l’hallucinose dans la cavité primitive. De l’effondrement dans la cavité primitive naissent, à la puberté, des créatures qui, conjointement, masquent et révèlent l’effondrement primaire.

Alain Abelhauser : Comment débuter une analyse à l’adolescence

Deux fragments de la cure analytique d’un adolescent sont l’occasion d’examiner à quelles conditions put s’engager ce travail, et à quel prix il put ensuite se poursuivre. La notion d’éthique s’y avère déterminante, autant pour saisir les caractéristiques de l’engagement initial dans la cure, que les enjeux de sa poursuite, qui se nouèrent autour d’un acting-out particulièrement exemplaire.