Archives par mot-clé : Temps

Aurore Bonneau-Jamot : frontières spatio-temporelles du contrat de poids

Cet article propose une lecture spatio-temporelle du contrat de poids dans la prise en charge des patients anorexiques hospitalisés. Il y est envisagé comme une médiation thérapeutique à visée temporelle. Aux frontières spatiales du lieu de soin s’ajoutent en effet les frontières temporelles des poids de séparation et de sortie. Leur articulation produit un phénomène de « temps pondéral » qui se fait l’écho des mouvements psychiques du patient à l’égard de ses objets parentaux.

Adolescence, 2020, 38, 1, 275-286.

Vanessa De Matteis, Maurice Corcos : Corps, rythme et création

À partir de rencontres cliniques avec des artistes contemporains (ici Boris), nous explorons la place du corps dans la création, à travers la notion de rythme. Le rythme ne se résoudrait ni à la rythmicité, ni au tempo, ni à la métrique seuls, mais serait un témoignage de l’incarnation du mouvement interne. C’est dans son incarnation que ce rythme existe, arrimé au corps pulsionnel dont il est l’expression. L’œuvre créée vient s’en faire l’écho.

Adolescence, 2017, 35, 1, 187-206.

Julien Guillou : La fascination pour l’islamisme

Ce texte cherche à discerner les conditions d’intelligibilité de l’émergence du fanatisme islamiste en Europe. La fascination exercée par l’islamisme sur le Vieux Continent désigne ici conjointement l’attraction pour le djihad et la cécité intellectuelle devant le phénomène. Ce symptôme du contemporain fait l’objet d’une interprétation axée sur les effets de « vérité historique » convoqués chez les peuples concernés, tout en interrogeant les enjeux posés au travail de culture des hommes.

Adolescence, 2017, 35, 1, 149-166.

Anne Tassel : rue du tag

En exhibant sa trace locomotrice, le tagueur s’invente une ville où se profilent ses fantasmes identitaires grâce auxquels il espère intégrer sa relation aux autres en se faisant l’objet de sa propre pratique. La rue ne se distribue plus alors en “ territoires ” mais en moments d’histoire, en temps en morceaux, permettant à des singularités à l’essai de dériver vers ce qui fait appel du dehors. Non pas production d’œuvres mais de ce qui œuvre en elle, la rue taguée sécrète les excès et les incertitudes de l’adolescence en insérant dans une actualité les figures d’une pulsion qui d’archaïsante peut se sublimer.

 

Guy Lavallé : l’espoir et l’idéal

L’idéalisation est appréhendée au sein des trois composantes de l’amour humain « excitation, idéalisation, tendresse ». Cette contextualisation permet de mieux comprendre les enjeux complexes et contradictoires de l’idéal.

L’espoir lui aussi est lié à l’amour. Descriptivement, l’espoir place dans le futur l’objet de l’amour et de la satisfaction primaire, perdu à jamais dans le passé. Dans le mouvement en avant, progrédient, il semble possible de le retrouver en un point de fuite qui s’éloigne sans cesse et ne sera jamais atteint.

Si on suit Freud, l’espoir c’est « l’espoir des retrouvailles hallucinatoires avec l’objet perdu de la satisfaction ». À partir de Freud, l’auteur propose une phénoménologie et une métapsychologie de l’Espoir, qui engage une théorie de l’hallucinatoire, le haussant au niveau d’un concept.

Un exemple clinique articule l’idéal et l’espoir : l’espoir naît de la diminution d’une idéalisation idolâtre. La disparition de l’espoir d’aimer et d’être aimé engage le désespoir et finalement la mort.

Adolescence, 2014, 32, 1, 151-164.

Jocelyn Lachance, Sébastien Dupont : La temporalité dans les conduites à risque : l’exemple du film Fight Club

En 1999, David Fincher signait le film Fight Club, souvent analysé comme une critique à l’égard du capitalisme financier. Mais au-delà de ce discours, ce film est une illustration saisissante des conduites à risque des jeunes, telles que l’anthropologie et la psychologie peuvent les interpréter. Nous proposons ici une re-lecture de l’œuvre de David Fincher, devenu un véritable film culte auprès des jeunes générations d’aujourd’hui. Nous verrons plus spécifiquement comment l’axe temporel occupe une place prédominante dans les expériences du risque auxquelles s’adonnent les protagonistes. Ces conduites à risque apparaissant alors comme des rites de passage, créés par des personnages en perte de repères, destinés à les ré-inscrire dans le temps individuel et social, dans l’histoire individuelle (celle de l’enfance) et la grande Histoire.

Jean Gillibert: le principe de rétrospection dans le temps de la cure

Autour de la logique du temps rétrospectif et prospectif de la cure analytique, I’auteur pose la question de la réminiscence, du passé et du futur non prédictif. Il ne faut pas mettre au compte d’une logique de l’inconscient la logique de la temporalité rétrospective, La succession n’est pas incompatible avec l’intemporalité. Succession ne voulait pas dire consécution, causalité. L’inconscient avec Freud n’est que teneur, aura chosale, ce que Freud appelait “représentation de chose”. Le langage ne peut se réduire au signe ou au symbole. Aucun langage ne peut dire ce que je suis. Il y a une rupture fondatrice et thérapeutique entre les significations et le “dire”. Quatre exemples cliniques le montrent. C’est l’effet (la symptomatologie) qui fait croire à une cause et qui cause la cause (là où la psychanalyse s’empêtre dans ce qu’elle a appelé la causalité psychique).

 

Adolescence, 1997, T. 15 n°2, pp. 305-322.

Paola Carbone, Elisa Casini, Anna Ferrari : once. se rencontrer et se dire adieu

Les Urgences sont un des services sanitaires les plus fréquentés par les jeunes. Deux phénomènes principaux en cause : les accidents et les somatisations. Un point commun : un corps à la fois acteur et victime des troubles et des agirs adolescents. À partir d’une recherche menée dans cinq hôpitaux à Rome entre 2000 et 2002, et notamment au Service des Urgences de San Eugenio, nous proposons une réflexion sur la valeur clinique et la fonction évolutive d’un entretien clinique unique(« once »). En tenant compte des différentes temporalités en jeu dans cet espace de rencontre, comme des expériences de crise et de surprise à l’œuvre, nous verrons comment l’entretien aux Urgences peut devenir l’occasion, le « risque créatif » d’une durée, d’une longue durée dans un instant, mais aussi d’un nouveau point de vue sur l’évènement vécu par l’adolescent, si nous savons accueillir sa temporalité paralysée et lui permettre de s’approprier sa propre histoire de vie.

Adolescence 2012, T. 30 n°3, pp. 687-708