Archives par mot-clé : Anorexie mentale

Alexandre Morel : scènes de violence

À travers le récit clinique de la prise en charge d’une adolescente hospitalisée pour anorexie dans le cadre d’un psychodrame, l’auteur évoque divers aspects de convocation de la violence contre celle que véhicule le symptôme anorexique. Violence de la plongée d’un dispositif qui contraint la patiente à un commerce renouvelé avec l’objet, et violence salutaire de l’enfant dans l’adolescent qui soutient le retournement de la haine de l’auto à l’hétéro-agressivité.

Adolescence, 2019, 37, 2, 269-280.

Pablo Votadoro : la haine sous contrat : soigner l’anorexie à l’hôpital

Il n’y a pas d’évidence à soigner sous contrat les formes sévères d’anorexie, si ce n’est qu’il paraît nécessaire à la rencontre de trouver un dispositif pour encadrer la haine. La haine de soi et la haine de l’autre ont comme caractéristique de s’éprouver plus que de s’exprimer en empruntant la voie corporelle, pour laquelle le cadre contractuel constitue une réponse encore pertinente pour permettre de dépasser l’épreuve.

Adolescence, 2019, 37, 2, 247-267.

Nadège Babillot, Sophie Lamare, Patrick Genvresse : groupe de parents dans le traitement de l’anorexie

Ce texte relate la première expérience d’une prise en charge groupale de parents d’adolescentes souffrant d’anorexie mentale à la Maison des Adolescents du Calvados. Le choix des auteurs a été de retranscrire fidèlement les moments féconds des séances au plus près de la clinique en insistant sur le vécu contre-transférentiel.

Adolescence, 2014, 32, 3, 503-510.

Bernard Kabuth, James Lock : traitement de l’anorexie mentale de la jeune fille : de la lorraine à la californie

Un séjour d’une année de l’auteur principal dans le service de pédopsychiatrie de l’université de Stanford a permis aux praticiens français et américain de comparer leur pratique clinique dans le cadre du traitement de l’anorexie mentale de la jeune fille.

Les différences se retrouvent moins dans les références théoriques que dans les pratiques qui sont très liées au contexte culturel et au mode d’organisation financier du système de soins des deux pays.

Sont comparées les indications et les conditions de l’hospitalisation et des suivis ambulatoires. La discussion montre les avantages et les inconvénients de ces deux pratiques. L’intérêt de la séparation thérapeutique qui n’est plus pratiquée en Californie, est commenté.

Maurice Corcos : le contrat de soins dans le traitement hospitalier de l’anorexie mentale : séparation-réappropriation-subjectivation

L’établissement d’un contrat de poids dans le traitement hospitalier de l’anorexie mentale,  inscrit d’emblée dans la tête des parents et de la patiente, le souci dénié pour la réalité somatique et son devenir à risque de complications graves. Puis, rapidement s’établit que la question centrale n’est pas celle fantasmée de « gaver » la patiente par une technique médicale qui la rende « grosse », mais bien celle du devenir femme entravé, d’une jeune fille qui fait avorter par sa conduite active et volontaire son processus d’adolescence. Cette référence symbolique du contrat instruit des effets sur le corps et les processus de pensée de la patiente, et permet des remaniements identificatoires.

La contrainte vécue de l’acte thérapeutique est toujours bien moindre que la violence des relations primitives du moi du sujet avec son surmoi archaïque et vise à soulager les contraintes internes à l’origine de la restriction alimentaire et de l’amaigrissement. La « persécution » extérieure s’oppose au dictateur interne… le conflit est déplacé dans la relation aux soins (figure des conflits avec les parents) et permet l’émergence de nouvelles possibilités de représentation. Le conflit est à nouveau humain et pendant tout un temps vont se déployer déni, clivage, projection, à visée défensive, avant qu’une rencontre dans le conflit ne soit possible, rencontre qui protège le narcissisme du patient (elle ne s’humilie pas dans une demande d’aide, le lien lui est imposé). Cette rencontre permet l’exploration des désirs profonds de la patiente, et de son degré de résistance dans le déni ou le conformisme plaqué C’est cette dialectique désir-résistance qui permet l’établissement d’un diagnostic en termes économiques puisque fondamentalement c’est le désir qui construit l’aliénation. Le contrat est un artifice technique, qui provoque une situation de séparation fortement appréhendée par la patiente et sa famille, et qui révèle la complexité (nature, intensité et ambivalence) des liens parents-enfants et les fantasmes qu’ils ont générés. Il permet d’étudier la problématique centrale de séparation : atermoiements autour des poids de séparation et de sortie, fétichisation d’un poids, réactivation de la problématique de séparation à l’occasion de la sortie de l’institution. Adoptant le langage du symptôme et le cantonnant dans le cadre du contrat de poids, le psychiatre peut alors dans l’espace psychothérapique déployer son offre de soins vivants.

Noelle Franck: Image, rien qu’ une image: Fonction d’ une esthétique à deux dimensions dans l’ anorexie mentale de la jeune fille

Les jeunes filles atteintes d’anorexie mentale ont pour particularité de mettre en équivalence identité psychique et identité corporelle. Nous nous interrogeons, en référence aux travaux de D. Meltzer sur le “conflit esthétique”, et à ceux de Sami Ali, sur ce que l’esthétique corporelle en particulier dans ses aspects de bidimensionnalité, peut éclairer des conflits intrapsychiques sous-jacents.

Ferruccio Bianchi : La difficulté à devenir femme : une connaissance acquise auprès des adolescentes anorexiques

L’auteur considère que les difficultés que rencontre l’adolescente anorexique à devenir femme constituent les manifestations symptomatiques graves d’un processus de féminisation qui pourrait être commun à tous les enfants de sexe féminin. La future anorexique aurait constitué en tant que fillette, un système de faux-self qui entre en crise lors de la puberté. L’anorexie, processus anti-évolutif entraînant un risque de mort psychique et physique, est une forme de psychopathologie qui recèle aussi un désir inconscient d’émancipation et de subjectivation.

Adolescence, 2008, T. 26, n°4, pp. 959-975.

Jérôme Boutinaud, Philippe Chabert : anorexie mentale et troubles de l’image du corps : à propos de leur prise en compte en psychodrame psychanalytique individuel

Le contexte psychopathologique de l’anorexie mentale chez l’adolescent met au premier plan la prise en compte du corps à la fois dans sa réalité effective, mais aussi au niveau des représentations dont il vient faire l’objet. Un certain nombre de troubles de l’image du corps peuvent dès lors être décrits et pensés comme des formes de solutions symptomatiques au travers desquelles l’adolescent anorexique vient essayer d’assurer des bases narcissiques mal établies et parfois très fragiles. La thérapeutique doit ainsi prendre en compte cette dimension pour permettre la résolution de ces troubles. Le psychodrame psychanalytique, appliqué à une cohorte de patients souffrant de ces troubles, nous servira ici de support méthodologique pour mettre en exergue les éléments de cette problématique. Seront aussi discutés les effets thérapeutiques de l’utilisation de cette technique au travers d’un certain nombre de leviers (analyse des éléments corporels du contre-transfert, dynamique du toucher, utilisation du double et figurations corporelles).

Adolescence, T. 31 n°1, pp. 65-76.

Manon Rivière, Marion Haza : d’un fantasme de gémellité à une anorexie mentale : psychopathologie du double

Partant du suivi thérapeutique individuel d’une jeune patiente de treize ans, Clémentine, nous explorerons les retentissements que peut avoir un lien sororal trop fort, et la façon dont il s’avère parfois être un frein au processus de séparation-individuation. Porté à son comble dans le fantasme de gémellité, il en découle un Moi aux contours imprécis, et une poursuite de la relation potentiellement délétère pour un sujet au narcissisme fragile. Indifférenciation des corps et des appareils psychiques, l’anorexie vient faire éclater cette bulle spéculaire, lorsqu’un seul des sujets atteint une puberté physiologique. Dans l’espace de séparation physique et psychique qu’offre le cadre de l’hospitalisation, les entretiens cliniques nous éclaireront sur les modalités de ce passage d’un double vers un soi, et nous aideront à réfléchir sur les enjeux et les limites de la mise en place d’un travail de subjectivation.

Adolescence, T. 31 n°1, pp. 27-36.

Jacques Dayan : dépressivité et dépression à l’adolescence

Une tendance à la psychiatrisation systématique des états mentaux conduit à considérer les périodes de tristesse et de découragement persistants de l’adolescent, voire les seuls états de morosité, comme des figures de la pathologie. Nous développons avec D. W. Winnicott, E. Gut, P. Fédida et Ph. Gutton, le point de vue dynamique selon lequel le mouvement dépressif, inhérent à la vie mentale, participe à la régulation de la vie psychique. Mis en jeu par la perte ou l’abandon, il favorise la redistribution des investissements, véritable « ré-affectation ». Le sujet adolescent déprimé nécessite d’être accompagné, non d’être d’emblée soigné. Bien que l’issue de la dépressivité adolescente soit le plus souvent favorable, nous en examinons certains destins dommageables, qualifiant la dépression de « non productive », de « dépression de mort » ou de dépression de déliaison. Deux figures pathologiques emblématiques, l’anorexie mentale de la jeune fille et les conduites toxicomaniaques, sont envisagées comme résistance à une dépressivité, pourtant élément clé d’un processus d’intégration. Elles illustrent, à l’instar du démantèlement de la pensée dans les dépressions psychotiques – désespérément exprimé dans des productions artistiques – le rôle essentiel que joue le corps comme constituant et moyen de la vie psychique.

Adolescence, 2011, T. 29 n°4, pp. 737-745.