Archives par mot-clé : Beauté

Miroslava Nikolova, Édith Lecourt, Sophie Couchoud : l’émotion esthétique : art et thérapie

L’émotion esthétique surgit chez l’individu au moment singulier où il est saisi par la beauté unique d’une œuvre d’art, d’une forme ou d’une parole qui lui révèle une vérité profondément intime et en même temps universelle. De tels moments rares et précieux permettent l’ouverture d’un espace de jeu et de créativité dans la monotonie de l’existence ou la répétition pathologique. Nous proposons d’étudier le contexte d’apparition de deux moments d’émotion esthétique que nous avons observés au sein d’un atelier d’art-thérapie accueillant des adolescentes hospitalisées à temps plein.

Adolescence, 2016, 34, 1, 139-149.

Houari Maïdi : le beau, le laid, le genre

Narcissique, homoérotique, voire “ féminin ”, l’adolescent est passionnellement attiré par le beau, par la beauté de l’image du corps et tout ce qui entraîne la perception d’une représentation corporelle idéale, c’est-à-dire une image fantasmée, convoité et désirée de soi-même. Toutefois, si l’homoérotisme est inhérent au narcissisme pulsionnel pubertaire, nous faisons l’hypothèse qu’une des formes étiologiques de l’homosexualité, comme genre et comme inclination “ structurée ” de la vie sexuelle, serait liée à l’infantile archaïque et trouverait notamment son essence dans la rencontre esthétique fondamentale de la prime enfance.

Véronique Nahoum-Grappe: le corps imaginaire de l’adolescent

Il s’agit ici de cerner l’imaginaire social contemporain concernant l’adolescence. La réflexion relève de la sociologie qualitative, c’est-à-dire d’une tentative de description phénoménologique de certains signes choisis comme caractéristiques mais qu’aucune statistique objectivante ne peut légitimer. L’auteur voudrait repérer la contradiction qui existe entre l’exhibition publicitaire du corps jeune et beau et certains traits de l’esthétique adolescente telle qu’elle peut être saisie dans leurs choix de style de présentation de soi, de formes musicales, de bandes dessinées, etc.

Adolescence, 1998, T. 16 n°1, pp. 292-304.

Didier Houzel: Le conflit esthétique

La théorie du conflit esthétique proposée par Donald Meltzer depuis 1984 renouvelle la compréhension de certains aspects du développement psychique dans la petite enfance, mais aussi à l’adolescence. La source métapsychologique de l’épistémophilie devient plus claire. La violence destructrice s’exerçant contre la beauté elle-même ou contre l’objet esthétique séducteur peut mieux se comprendre. L’auteur propose une interprétation dynamique de cette théorie qui le conduit à décrire ce qu’il appelle des “angoisses de précipitation et des angoisses d’emballement”. Il donne une illustration d’angoisse d’emballement tirée de la psychothérapie d’une préadolescente.

Daniel Oppenheim: L’ adolescent cancéreux et la beauté

L’adolescent est soumis à la laideur qui vient du cancer et de sa mort possible. Retrouver la beauté du monde et la sienne propre lui est nécessaire pour sortir de l’aliénation à l’expérience du cancer et affirmer que la mort n’a pas imposé sa loi inhumaine, qu’il guérisse ou non. La quête de sa beauté se fait dans le désinvestissement des signes visibles du cancer, la redécouverte de son identité, dans les divers actes de création, dans l’affirmation de sa présence unique au monde. Il/elle ne peut l’accomplir seul(e). Nous devons, authentiquement, par le regard et l’écoute, découvrir sa beauté, et la nôtre.

Gérard Bonnet: Le bel adolescent

Le mythe de Narcisse est un mythe d’origine qui retrace l’origine des désirs visuels et de leurs avatars relatant comment chaque adolescent accède à la découverte de la beauté qui l’habite et à sa prise en compte. La légende de Marina rapportée et commentée par C. Louis-Combet dans son roman Marinus et Marina en est une autre illustration d’un point de vue féminin, en soulignant mieux encore le rôle nécessaire joué par les autres dans ce cheminement et ses deux moments essentiels: celui de l’intériorisation, au moment de la mort de la mère, en référence au père, et celui de l’appropriation proprement dite au moment de la mort du père, en relation avec une autre femme. Il en ressort que l’assomption de la beauté passe par celle du sexe propre et qu’elle suppose un cheminement à rebours vers une expérience esthétique première où la mère tient une place centrale.
Ce cheminement passe toujours par un croisement où surgit une épreuve plus délicate encore, celle de la rencontre avec l’autre sexe: pour supporter cette rencontre et en faire une épreuve féconde, il faut en passer d’une façon ou d’une autre par l’expérience du sublime. C’est pourquoi l’adolescent est tellement à la recherche d’expériences de ce type. C’est pourquoi aussi les dysmorphophobies sont chez lui si fréquentes, de même que certains traits hermaphrodites ou les divers comportements de travestissement. Ils témoignent des difficultés inhérentes à ce parcours ainsi que des détours qu’il entraîne. Surtout lorsque se produisent certains événements particulièrement perturbants: séparations brutales, deuils précoces, révélations intempestives sur les origines, etc. C’est pourtant en s’appuyant sur ces conditions spécifiques à chacun qu’on lui permet le mieux de se situer.

Sophie De Mijolla-Mellor : l’image du corps adolescent chez botticelli

Basée sur les notions d’« image du corps » (P. Schilder) et de « pathosformel » (A. Warburg), cette étude propose de revisiter l’œuvre picturale de Botticelli du point de vue de la perception de l’adolescence comme une fiction idéalisée reposant sur une triple souffrance : la quête inaccessible de la pureté, la dimension de l’excès maniaque en relation avec le temps futur et la disparition nostalgique de temps irrémédiablement disparu de l’enfance. La méthode suivie est celle des « interactions de la psychanalyse », c’est-à-dire non pas une application de la méthode psychanalytique au déchiffrement de l’œuvre d’art mais une mise en tension ou en écho de l’écoute sensible des œuvres artistiques avec la clinique psychanalytique, ici celle de l’adolescence.

Adolescence, 2008, T. 26, n°2, pp. 449-464.

 

Houari Maïdi : églantine

L’adolescent est extrêmement sensible à son image. Celle-ci est autant redoutée qu’investie avec force et fascination. Dans cet article, nous présentons une observation qui illustre, chez une jeune fille, les perceptions complexes et ambivalentes d’un corps empli de maux divers. Un corps qui semble être la boîte de Pandore de toutes les angoisses nées de l’enfance et de l’adolescence, et un corps-vitrine, façade narcissique par le regard de l’autre, craignant en même temps que ce regard ne voie à l’intérieur de l’adolescente, son intimité, ses pensées, ses angoisses, d’où cet aspect paranoïde fréquent à cet âge.

Adolescence, 2011, T. 29 n°4, pp. 779-785.

Laurence Manzano, Marie Rose Moro : l’atelier maquillage

Cet article décrit une médiation originale utilisée dans une Maison des Adolescents : l’esthétique. L’activité,  menée par une socio-esthéticienne professionnelle et un des membres de l’équipe institutionnelle, est très demandée par les adolescentes et permet d’importants changements dans les représentations que les adolescentes ont de leur propre corps. Par l’intermédiaire de modalités esthétiques adaptées à ce qu’elles désirent, demandent ou ont envie d’essayer, les adolescentes apprennent progressivement à se soucier d’elles-mêmes, de leurs désirs et de leur beauté. L’ensemble de ce qui est vécu par les adolescentes est repris et élaboré dans le cadre thérapeutique.

Adolescence, 2012, T. 30, n°2, pp. 411-419.