Archives de catégorie : En guerre – 2001 T. 19 n°2

Chantal Frère-Artinian : génocide et travail d’adolescence

L’exemple du récit de  Wahram Altounian, rescapé du génocide Arménien de 1915 alors qu’il avait quatorze ans, montre comment un adolescent peut entreprendre ce que l’auteur appelle un “ travail d’adolescence ” comme forme particulière de “ Kulturarbeit ” par la voie originale d’une stratégie : la ruse. La mobilisation massive de la libido pour l’autoconservation, en appui sur l’identification paternelle, et une qualité de la perception qui identifie très rapidement la valeur d’utilité pour la survie de la réalité extérieure, permettent à l’adolescent de remettre en fonctionnalité ce que Kestemberg appelle “ l’organisateur œdipien ”. Demeure cependant enclavée une partie traumatique non advenue à la symbolisation et qui garde une potentialité mélancolique.

Cécile Hochard : des adolescents dans la guerre

De 1939 à 1945, les adolescents, à l’image de la population française dans son ensemble, subissent les effets de la guerre et de l’occupation allemande. L’analyse des différents moments du conflit et de leurs répercussions, offre la possibilité de mettre à jour des réactions psychologiques spécifiques aux jeunes gens et aux jeunes filles, réactions perceptibles à la fois dans la vie quotidienne et dans le domaine scolaire.

Jean-Manuel Larralde : les réponses du droit international à la protection des jeunes en cas de conflit

La transformation de la nature des conflits armés a eu des répercussions considérables sur la situation des enfants et des jeunes. Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, le droit international humanitaire protège à la fois les enfants civils en cas de conflit et les enfants participant aux hostilités et l’on note aujourd’hui une multiplication des instances et structures de protection. En outre, l’adoption en mai 2000 d’un Protocole additionnel à la Convention sur les droits de l’enfant du 20 novembre 1989 peut également être considérée comme une avancée intéressante, tout comme les liens entre la protection des enfants et la future Cour pénale internationale.

Michelle Cadoret : violences et guerres pour une culture adolescente ?

Comment actuellement, un adolescent perçoit-il la fonction du politique ? Que ressent-il devant les violences politiques où il se sent impliqué ? Se vit‑il comme un acteur social ? Fait-il un lien entre le politique et le traumatique ? En partant de ces questionnements généraux d’ordre plutôt anthropologique, l’enjeu d’une étude et d’une interprétation est d’abord de dépasser les points de vue phénoménologiques qui viendraient faire écho aux constats sociologiques; c’est-à-dire retrouver, psychopathologiquement, analytiquement, la question traumatique psychique individuelle, entre Histoire et contexte, entre génération et transmission, entre appartenance et filiation.

Olivier Ouvry : adolescence et génocide

La fréquence des engagements militaires d’adolescents dans les génocides suscite une interrogation sur un éventuel parallélisme entre les processus en jeu dans ces guerres et ceux mobilisés dans l’adolescence. Cela ouvre à la question d’une résonnance possible entre les processus psychiques individuels et ceux sociaux, dans la continuité de ce qu’introduit Freud dans Malaise dans la civilisation. Ce croisement se ferait, en l’occurrence, autour de l’agir, en tant que suppléance d’un défaut de transmission trans-générationnelle dans l’infantile, que ce soit au sein de la famille ou au sein du social.

 

Philippe Bessoles : état post-traumatique et facteurs de résilience

La notion de résilience apparaît heuristique pour l’étude des pathologies post-traumatiques. Dans un emprunt à l’épistémologie des sciences physiques comme qualifiant la résistance des métaux aux chocs, nous proposons de penser les processus résilients en psychopathologie clinique comme des organisateurs psychiques capables de promouvoir la représentabilité du traumatisme. En cela, la capacité résiliente d’une personne victime s’appréhende en logique d’économie placée à la convergence des réinvestissements objectaux, des enveloppements psychiques primaires et de l’inscription psychosensorielle des données de l’expérience traumatogène. La promotion de la pérennité de l’organisation sensorielle semble la forme basale des processus résilients avant la scénarisation fantasmatique. Le trauma psychique peut se penser alors comme un équivalent de scène originaire où la douleur ne fait pas seulement signe d’anéantissement mais d’une réparation – certes douloureuse – des enveloppes formelles du lien objet/sujet. La caducité de l’expérience traumatogène, au travers du scénario fantasmatique, supplante l’excès de réel qui sidère la personne victime. Cette nécessaire traversée du sensible traduit un lestage du trajet psychique préalable à un travail de la pensée du traumatisme.

 

Philippe Gutton : retournement, renversement

Le renversement en son contraire et le retournement sur la personne propre sont les mécanismes archaïques  de base de la subjectivation en particulier pubertaire, travaillant sur un matériau que Green résume sous le nom de “ passivation ”. Pour ce faire, une tiercéité humaine spécifique est requise. La clinique de “ l’adolescent-soldat ” est paradigmatique de l’organisation dans laquelle, en l’absence de cette tiercité, la bipolarité traumatique, (victime-bourreau, abusé-abuseur) se répète à l’identique.

Michel Audisio : transgressions – guerres – traumas – rêves

Il est devenu banal de dire que les adolescents rencontrent la violence et la portent, aussi que les institutions qu’ils traversent y sont également prises. Des mises en guerres surgissent sur toutes les scènes et y cumulent. Ce sont tout autant les scènes des réalités sociales et politiques, familiales et culturelles, que les scènes internes psychiques des individus et des groupes, des institutions et des sociétés. Les mises en guerres ressortent croissantes, d’une généralisation des discours et des agirs de transgression, de leur inscription et même de leur institutionnalisation. Le social se corrompt et se disloque, et le politique s’absente ou se compromet, comme maintenant aussi le juridique, dans les alliances de savoirs et de pouvoirs. Quel pourrait être l’enjeu de réponse, institutionnelle et donc culturelle, d’un retour du politique ? Et par quelles voies, quels acteurs ? Comment rêver ?

Lisa Ouss-Ryngaert, Karine Le Roch : les blessures d’alma : traumatisme psychique, blessure de guerre, réorganisation psychotique

À propos du cas d’Alma en Bosnie sont mis en articulation : traumatisme-adolescence-éclosion psychotique. Est posé également la question de l’impact de la blessure somatique au sein d’une telle problématique. Une réflexion est ensuite menée sur les prises en charge thérapeutiques.