Archives par mot-clé : Écriture

Anne-Marie Paul : l’adolescence par annie ernaux : récits d’emprise

Dans Mémoire de fille, A. Ernaux conclut le récit fragmenté de son adolescence par la révélation de l’agression subie lors de sa première relation sexuelle. Cet événement, répétition et aboutissement des traumas de l’enfance dont l’origine sexuelle est diluée par l’autrice dans le socius, déclenche un phénomène d’emprise passionnelle lourd de symptômes. La subjectivation par sublimation littéraire est à la fois matière et matrice de l’œuvre, et transforme l’emprise en objet culturel partageable.

Adolescence, 2024, 42, 1, 71-85.

Camille Enshaian, Maurice Corcos : le haïku, support privilégié de projection chez une adolescente borderline

L’intérêt de l’utilisation du haïku dans un atelier écriture avec des adolescents borderline hospitalisés en psychiatrie est étudié à travers les écrits d’une adolescente. Le rythme imposé par le haïku et sa brièveté amènent la jeune fille à inscrire en plein le cri du souvenir d’une absence, à écrire ce qui dans la langue parlée demeurait absent. L’omniprésence de coupures dans ce type de poème et le clivage à l’œuvre au moment de l’écriture permettent alors l’inscription de sa douleur psychique.

Adolescence, 2018, 36, 1, 213-222.

Pascal Hachet : le regard du lecteur adolescent sur un texte littéraire écrit par un autre adolescent

 

L’écrit littéraire adolescent constitue un riche support identificatoire pour le lecteur du même âge. Les auteurs adolescents qui ont poursuivi et amplifié leur créativité à l’âge adulte fournissent une identification constructive, sur fond de subjectivation réussie du processus pubertaire, mais ceux qui n’ont écrit qu’à cet âge suscitent une fascination intense chez les jeunes lecteurs qui tendent à dénier la réalité du pubertaire. Le collage sans distance à l’œuvre ou à l’auteur peut être alors le signe d’une issue mentale catastrophique – potentielle ou avérée – de la crise d’adolescence. L’observation de Jean-Marie, dix-sept ans et “ fan ” tant des poèmes que de la vie de Rimbaud, illustre en détail cette occurrence problématique.

Serge Bédère : Georges Izambard, témoin tranquille mais actif du passage à l’écriture de rimbaud

L’avènement d’A. Rimbaud comme auteur se joue très tôt, alors qu’il a à peine dix-sept ans. Il est pris dans une dialectique de reconnaissance dont le protagoniste est G. Izambard, premier lecteur de sa poésie. Il en reconnaît la valeur et fonctionne comme un passeur, sans esquiver la rencontre avec l’adolescent en souffrance. Il sait se montrer présent puis s’effacer et ne tirera jamais aucune gloire d’avoir connu A. Rimbaud. Il est le témoin tranquille à la fois des turbulences d’un adolescent et de la naissance d’un poète. Reprendre la dynamique du nouage et du dénouage de cette relation présente un grand intérêt pour penser la clinique de l’adolescence.

Caroline Civalleri : au fil de l’écrit

Le récit de la cure institutionnelle d’un adolescent qui s’est essentiellement jouée autour de son rapport à l’écrit vise à discuter la possibilité de la mise en place d’un travail de culture. Les différents mouvements qui ont teinté la relation entre cet adolescent écrivain et sa lectrice sont ici décrits, montrant le passage d’un lien à l’objet à une utilisation de celui-ci permettant de faire de l’écriture un objet culturel partageable.

Myriam Frégonèse : variation sur la mort et le symbole

Invité par son thérapeute à écrire de la façon la plus libre qui soit, un jeune adolescent de quatorze ans pris en charge en hôpital de jour, va déployer un récit que jalonneront diverses représentations de la mort. À celles-ci Dan tentera de faire correspondre une forme de réponse potentiellement salutaire et la plupart du temps rendue possible par la convocation de différents personnages romanesques. Son récit sera finalement clôturé par une scène où mort et symbole viendront à se lier comme pour enfin prétendre à quelque trouvaille structurante.

Eric Bidaud : L’adolescent et l’invention de sa signature

Les relations entre le processus adolescent et le rapport au langage se jouent en particulier par un certain « remodelage » du langage au travers des inventions graphiques des adolescents et un nouvel investissement des formes écrites. C’est dans l’invention de sa signature que nous situons un acte essentiel de la ré-écriture de l’adolescent par lui-même, pour le dire autrement, dans l’acquisition d’un style. Il s’agirait d’interroger le statut en mutation du sujet dans son rapport à la signature articulée au nom propre. Cela implique sans doute de préciser la fonction monstrative de la signature et les effets de ses déplacements. Nous pourrions indiquer comme ligne de recherche l’étude de la valeur de signature des marques du sujet au travers de ses formations actuelles : les inscriptions sur le corps propre.

Marion Feldman, Malika Mansouri, Marie Rose Moro : être une adolescente juive pendant l’occupation en france : quel devenir d’adulte ?

Cet article montre qu’il est possible d’évaluer chez des adultes, âgés de soixante-seize ans à quatre-vingt-deux ans, les effets psychiques d’événements traumatiques vécus il y a plus de soixante ans. Ici, est présenté le processus de construction d’une adolescente juive entre 1940 et 1945 en France. Au-delà d’une adolescence confisquée, la situation clinique exposée montre les troubles psychopathologiques liés aux traumas cumulatifs : un devenir adulte empêché, un accès à la maternité difficile, une conjugalité et une parentalité en souffrance ainsi qu’un silence pesant. La retraite permet la libération tant attendue depuis 1945, notamment par la reconnaissance collective et le processus de l’écriture.

Adolescence, 2013, T. 31, n°3, pp. 601-612.