Archives par mot-clé : Capacité d’être seul

Philippe Givre : philia et adolescence

L’enjeu central de ce texte est de parvenir à envisager si la thématique de la Philia est susceptible d’avoir une pertinence quelconque au sein de l’approche psychanalytique. Les affinités que la psychanalyse entretient avec Éros ne plaident pas en ce sens, sauf à prendre en compte les conceptualisations de D. W. Winnicott qui articule l’amitié à la notion de “ relation au moi ” et à la “ capacité d’être seul ”. Il en ressort que le don de l’amitié serait engagé dans le devenir de la maturation affective dont la capacité d’être seul en présence de l’autre en représente le phénomène le plus élaboré. L’ami ne peut être tenu pour un simple modèle ou comme l’équivalent d’un autoportrait. Il ne peut pas plus être réduit à un autre soi-même, quand bien même il est détenteur de quelque chose qui m’est dû. Si les adolescents ont une préférence pour l’amitié, c’est que le don d’amitié leur est indispensable pour amorcer et accompagner les mouvements de subjectivation de l’adolescens. En ce sens, il s’avère que toute amitié est contemporaine d’un remaniement subjectif puisqu’elle conditionne la possibilité d’advenir en ce que nous avons de propre.

 

Julien Denans, Mohammed Ham : adolescence, solitude et lien social. perspectives métapsychologiques et cliniques

Les auteurs visent, à partir de discours de souffrance d’où émerge une problématique de solitude, à rapatrier cette notion du côté du référentiel métapsychologique afin de l’élever à la dignité de concept et se défaire de toute vision purement phénoménologique ou interactionniste. La conceptualisation de la solitude passe alors par la référence freudienne à l’Hilflosigkeit, détresse psychique et discontinuité ontologique ouvrant à la dimension d’un lien autre que fusionnel, c’est-à-dire, un lien que nous qualifierions de langagier avec J. Lacan. D. W. Winnicott propose lui une « capacité d’être seul », solitude qui se supporte de l’installation psychique de l’autre. Elle se trouve liée à l’espace potentiel où se manifeste le mode de vie créatif de l’individu. Cette épistémologie est alors le prétexte pour interroger notre pratique et les enjeux transférentiels de la rencontre clinique. Celle-ci ne s’affirme-t-elle pas justement comme cet espace dynamique et créatif de l’être seul en présence de l’Autre ? Cette perspective devrait nous permettre d’interroger plus largement les ressorts du lien social dont la clinique de l’adolescence est une figure emblématique.

Adolescence, 2008, T. 26, n°3, pp. 723-739.